3h du matin, urgences d'un CHU de province. Néons blafards, pleurs étouffés, sonneries incessantes.
Un enfant brûlant de fièvre dans les bras de sa mère. Quatre heures d'attente. Brancard 18.
Marie — appelons-la ainsi — traverse le couloir en courant. Une infirmière pour tout le service, combien de patients ? Elle a arrêté de compter après vingt. Plus loin, un interne qui tient debout par habitude.
Pas un dysfonctionnement. Le fonctionnement.
Quinze ans qu'elle est là. Depuis 2013, douze lits envolés. Moins de collègues, plus de brancards, des nuits au bord de la rupture. Marie n'a ni l'air ni le temps de disséquer une loi de finances. Elle encaisse les résultats.
Et elle n'est pas seule.
2013–2023 : dizaines de milliers de lits fermés. Pendant ce temps : population vieillissante, maladies chroniques en hausse, burn-outs en série. Consultations psy saturées, arrêts maladie allongés, épuisement normalisé.
Les besoins montent. Le système descend.
Pourquoi ?
Pas de scandale. Pas de complot. Pas d'erreur de gestion.
Un arbitrage.
66 milliards d'euros par an.
Les intérêts de la dette publique en 2025. Pas le capital — un État ne rembourse jamais, il refinance en continu. Il paie l'intérêt. Indéfiniment.
66 milliards : davantage que la Justice, la Police et l'Enseignement supérieur réunis. Soit environ 1 600 euros par an et par foyer fiscal — deux mois de courses alimentaires pour une famille moyenne, ou l'équivalent d'une trentaine de consultations spécialisées introuvables à l'hôpital en moins de quatre mois.
Cet argent ne bâtit rien. Il rémunère le passé. Ne soigne personne, n'éduque aucun enfant, ne répare aucune route. Il paie les créanciers : fonds de pension, banques, assureurs.
La dette : 3 400 milliards.
Marie attend des renforts. Vos impôts partent ailleurs.
Le Constat
Pendant des décennies, une promesse simple a tenu : demain irait mieux qu'aujourd'hui. Nos parents vivaient mieux que nos grands-parents. Nous devions vivre mieux qu'eux. Nos enfants mieux encore.
Cette promesse est morte.
Marie gagne davantage aujourd'hui qu'en 2015. Pourtant, elle vit moins bien. Son loyer a augmenté plus vite que son salaire. Ses courses aussi. Sa mutuelle également. Le pouvoir d'achat recule malgré l'augmentation nominale. Et avec lui, le sommeil. Les calculs constants. L'angoisse du découvert. Ce n'est pas qu'une question d'argent : c'est une usure mentale permanente.
Sa fille Léa a 8 ans. À sa naissance en 2017, la dette publique était de 2 218 milliards d'euros. En huit ans, 1 198 milliards se sont ajoutés - répartis mécaniquement sur chaque nouveau-né — le temps d'apprendre à lire.
Cette dette n'est pas abstraite. Elle produira des effets concrets toute sa vie : soit des impôts plus lourds pour la rembourser, soit des services publics plus dégradés si on ne la rembourse pas, soit les deux. Léa paiera — en argent ou en renoncements — pour des décisions prises avant sa naissance, par des gouvernements qu'elle n'a pas élus, au bénéfice de créanciers qu'elle ne rencontrera jamais.
Ce ne sont pas des accidents. Ce sont des symptômes.
2026 marque un basculement : pour la première fois dans l'histoire républicaine, les intérêts de la dette pourraient, selon la Cour des comptes, devenir le premier poste budgétaire de l'État. Devant l'école de vos enfants. Devant la police. Devant tout le reste.
Ce livre paraît maintenant parce qu'après, il sera peut-être trop tard.
Lorsqu'un système trahit sa promesse d'amélioration collective, comprendre pourquoi devient un devoir citoyen. Démonter la machine pour voir comment elle fonctionne réellement. Et surtout : dans l'intérêt de qui.
L'Enquête
Ce livre part d'une question simple : qui paie vraiment ? Une question qui en entraîne mécaniquement une autre : qui décide vraiment ?
En remontant les flux financiers et les circuits du pouvoir, il révèle une mécanique invisible : la dette publique n'est pas un problème technique à gérer, mais un instrument qui organise des transferts systématiques. Du futur vers le présent. Des services publics vers les rentiers. De la démocratie vers les marchés.
Pour analyser ces transferts, ce livre mobilise un concept nouveau, emprunté à la physique et appliqué au social : l'anthropie. Les systèmes n'éliminent pas le désordre, ils le déplacent. Cette grille transforme la question technique (« Comment réduire le déficit ? ») en question politique : qui paie, pourquoi, et au nom de quelle justice ?
Cet ouvrage ne vous dira pas quoi penser. Il vous donnera les outils pour décider vous-même ce qui doit changer, et comment.
Si vous travaillez plus pour vivre moins bien ; si vous voyez les services publics se dégrader ; si vous payez mais ne décidez plus — alors ces pages vous montreront que votre situation n'est pas un échec personnel, mais l'aboutissement logique d'arbitrages politiques précis.
Si vous avez pris votre retraite — si vous avez connu l'ascension sociale de vos parents, la promesse tenue pour votre génération, et que vous voyez vos enfants déclasser, vos petits-enfants s'endetter avant même de travailler — ce livre vous expliquera comment la machine s'est inversée. Pourquoi ce qui a fonctionné pour vous ne fonctionne plus pour eux.
Si vous vous sentez « protégé » — patrimoine stable, enfants scolarisés dans le privé — ce livre vous montrera l'envers du décor : une sécurité posée sur des fondations qui se fissurent. Aucun ordre ne dure quand il se nourrit du désordre des autres.
Observez la classe politique — toutes tendances confondues. Même stupeur, même masque de consternation : l'aveu tacite que les vieux leviers ne mordent plus sur le réel. Les catégories se disloquent, les étiquettes se décollent. La machine qu'ils prétendent piloter leur échappe.
Si vous êtes sceptique — « encore un livre à thèse » — lisez au moins les cent premières pages. Vulgarisation sans concession à la rigueur. Données vérifiables, sources citées, mécanismes démontés pas à pas.
Et si vous tenez que cet ordre est juste et nécessaire, ce livre ne vous flattera pas : il vous confrontera.
Marie ne sait pas encore que ce qui lui arrive n'est pas accidentel.
Vous voulez savoir pourquoi ?
Elle, elle n'a pas le choix.